06/04/10

Violences scolaires par Christelle Dubard

Chers camarades, je me suis faite attendre sur ce volet autour de la violence en milieu scolaire, abordé lors du rassemblement de Dijon. Il n'est pas trop tard pour en parler. C'est pour moi, un sujet hors mode, hors évènements politiques ou médiatiques.

Malheureusement, on parle mal de cette violence scolaire et lorsqu'elle est abordée, c'est pour parler d'évènements spectaculaires, qui marquent les esprits. Je cite Julien Dray « la violence est mise en spectacle...le marché de la violence c'est l'instrumentalisation du sentiment d'insécurité ».
Certes, il ne faut pas les nier, mais ces évènement sont médiatisés à outrance, utilisés pour manipuler l'opinion et pour ré-alimenter la paranoïa populaire, au service du discours sur l'insécurité, dans les quartiers dits « sensibles », où vivent des personnes d'origine étrangère...et là on arrive au discours sur l'identité nationale!!

Au bout du compte on parle de tout et de n'importe quoi, sans jamais toucher le fond du problème, c'est à dire la violence ordinaire et quotidienne vécue par les élèves, les enseignants et les familles, au sein des écoles, collèges et lycées. Pourtant, elle est bien souvent à l'origine de ces explosions de haine, qui elles mêmes prennent racine dans un mal-être social chaque jour plus important.

Je ne reprendrai pas tout ce qui s'est dit au cours de cet atelier sur « comment lutter contre les violence scolaires », mais seulement les éléments qui m'ont interpellés et font échos à mon vécu professionnel. C'est un sujet sensible pour moi, qui occupe une grande partie de mon attention et de mon action auprès des enfants de 3 à 10 ans, que j'accompagne au sein d'une petite école d'un quartier dit « sensible », de Dijon.

Je tiens à préciser, que le niveau de violence sur Dijon et en Bourgogne n'atteint pas celui des écoles, collèges et lycées de la région parisienne, ( voir d'autres régions, mais je ne saurais pas en parler).

Cette petite école, a longtemps eu la réputation d'être celle qui accueille le public le plus difficile du quartier et a encore du mal à se défaire du fantasme que lui vaut sa réputation, malgré des innovations éducatives, qui ont changé la vie des élèves, des familles et des enseignants.
Ces projets n'étant pas mis en valeur, ils restent tout à fait inconnus pour le grand public. Cependant, ils rejoignent complètement les conclusions de cet atelier et certaines des propositions qui y ont été faites, même si j'y apporterai quelques bémols à la fin, quant à la faisabilité de ce type de projet à grande échelle.

Cette violence dont je parle, que nous vivons quotidiennement dans cette école et ailleurs, sans aucun doute, est souvent qualifiée de violence «  ordinaire », en milieu scolaire.
Celle qui s'insinue,en toute impunité, à travers des incivilités quotidiennes: crachats, insultes dégradations diverses, menaces, violences verbales, bousculades, racket...et elle s'adresse à tous ceux qui fréquentent l'école.

La violence a toujours existé à l'école, mais elle a évolué, devenant moins facilement canalisable. Les jeunes opèrent davantage en groupe, ce qui leur donne l'impression d'être plus forts. En perte de repère, ils s'identifient au groupe et « osent », ce qu'ils ne feraient pas seul. Ils se forgent une identité collective autour de la violence, contre une institution, qui ne répond pas à leur angoisse d'avenir. L'école n'apporte plus le sécurité d'un avenir avec un emploi, des espoirs et une chance de prendre son envol dans la vie. Pourquoi la respecter ?


Actuellement, on observe une évolution des violences contre les personnes, contre les locaux et 8 à 10% de suicides d'élèves victimes et les enseignants, les familles et les jeunes, ont peur d'en parler, peur des représailles intra et extra muros. D'ailleurs, il y a une telle habitude de cette violence, que beaucoup, n'ont pas conscience d'en être victime. Ce qui compte c'est de survivre dans ce milieu, pour espérer enseigner, pour espérer apprendre, pour ne pas vivre un enfer sur son quartier.
À cause de cette loi du silence, il n'y a pas de chiffres éclairants et réalistes, lors des enquêtes de victimisation, ce qui minimise considérablement la réalité vécue sur le terrain.

Les appels au secours des enseignants du primaire qui vivent de grands moments de solitude face à cette violence sont souvent dédramatisés faute de pouvoir les aider. Le fait est qu'on ne sait pas donner les outils aux enseignants, dans le cadre de leur formation et sur le terrain, pour réfléchir et lutter contre cette violence. La question n'est pas traitée, insuffisamment, mal à propos, ou au cas par cas, mais pas dans le cadre d 'une réflexion éducative globale.

Sur le terrain, des enseignants, accompagnés d'autres personnels qui accompagnent les jeunes, trouvent des solutions, des idées permettant d'améliorer les conditions d'enseignement, dans un contexte de violence. Sébastien Clerc en témoigne avec son expèrience:

Dans un premier temps, il précise, que l'on ne parle pas de la violence de l'adolescent, à laquelle toutes les sociétés sont confrontées. On se contente d'en rire un peu avec des « c'est l'âge bête», « on fait de l'angélisme et on évacue le problème », ou on le place ailleurs...sur les parents et leur mode d'éducation par exemple, sans prendre également en compte la complexité de ce qu'est un adolescent et le contexte social dans lequel il vit ( qui n'est pas uniquement le milieu familial).
Si on rajoute notre système d'enseignement, basé sur la compétition et sur l'image collective de ce que nous devons être et avoir pour réussir dans la vie; alors il faut aussi prendre en compte le stress du niveau de savoir requis pour avoir le BAC et le désespoir de ne pas avoir d'avenir professionnel, malgré les efforts fournis, dans le contexte social actuel.

Il témoigne de la difficulté d'enseigner en classe, du parasitage incessant de certains élèves qui « sabotent » les cours et qui «  ne nous laissent pas la chance de les enseigner ». Il précise qu'il existe des techniques de cours, qui l'aident dans sa pratique professionnel au sein d'un lycée et en fait bénéficier des étudiants débutants:
Pour lui, il faut capter l'attention des élèves, en évoluant avec son temps, avec l'utilisation d'outils de la haute technologie, qui peuvent contribuer à susciter l'intéret
Se poser la question du comment aider les élèves à comprendre et à apprendre, pour éviter le décrochage.
Se former à des techniques qui instaurent une relation de confiance entre l'élève et le professeur.
Se questionner sur le comment sanctionner sans maladresse, avec justesse.

La plupart du temps, sur le terrain, les professionnels vivent avec cette violence, pour ne pas mettre « le feu aux poudres », et essaient de garder un minimum d'équilibre. A force d'utiliser des stratégies et de composer pour se protéger, on s'y habitue, on peut même ne plus la voir. Cependant, notre corps et notre psychisme nous la rappellent de toutes les façons possibles : fatigue, peur diffuse, démobilisation, dépression …Un sentiment d'abandon, qui enferme encore plus les enseignants dans l'insécurité. Chacun fait ce qu'il peut et le mieux possible, dans un contexte politique, ou il y a de moins en moins de moyens financiers et humains...les miracles, sans moyens ça n'existe pas !







Je relate ici, mon expérience avec mes collègues. Elle n'est pas transposable à proprement dit, elle n'est pas miraculeuse et n'est pas la seule « solution » intéressante à utiliser dans ce domaine. C'est juste une manière de faire, à laquelle nous avons réfléchi, qui nous a semblé la plus adaptée possible aux difficultés que nous rencontrions.

Dans notre petite école, nous avons choisi de ne plus lutter par des sanctions permanentes, inadaptées et inutiles. Nous ne voulions pas non plus nous résigner , face à cette violence. Alors, un projet commun est né, « de la réflexion commune des enseignants et des parents sur la fréquence des actes de violence ou d'incivilité. Le constat a été fait, qu'il était vain de faire diminuer la violence en se contentant de sanctionner. Celle -ci ne disparaît pas et les conflits s'amplifient, tant la notion de justice et d'équité demeurent difficiles à mettre en œuvre sur des situations aussi complexes que floues »

Nous voulions faire en sorte que les enfants aient une chance de pouvoir se concentrer sur leurs apprentissages, en étant le moins possible parasité par leur violence et leur impossibilité de s'exprimer autrement que par les passages à l'acte. Faire en sorte que l'école soit un peu moins un lieu de répétition de ce qui se passe dans le quartier ou à la maison, sans pour autant chercher à sauver ses enfants, à changer leur vie. Juste des « billes » pour mieux comprendre et mieux se canaliser, un petit plus pour l'avenir, qu'ils garderons en eux, ou pas.....
Ainsi, nous nous sommes formés,il y a environ trois ans, pour former les enfants à la réflexions sur le conflit, à devenir des médiateurs entre eux. Le but de cette action est de «  dispenser aux élèves, une formation axée sur la prévention, en leur donnant la capacité de reconnaître les mécanismes de la violence et leur donner des clés pour comprendre les actes de leurs camarades, apaiser les esprits et réconcilier les cœurs ». Ce projet fait partie intégrante du projet d'école et du projet des accueils pèriscolaire et d'aide aux devoirs.

Il est dans l'esprit de la proposition de Julien Dray lors de cet atelier, qui estime que l'éducation aux conflits contre la violence doit être au centre des préoccupations de l'école ( doit faire partie de son projet) et que travailler sur le vivre ensemble au sein de l'école est indispensable, à l'identique de ce qui se fait au Canada, avec la formation d'enfants mèdiateurs du conflit. « on ne peut pas lutter contre la violence si on ne met pas les jeunes au centre de la réflexion et des dispositifs »

Il serait complexe d'aborder ici l'étendue de l'organisation de ce projet. Cependant, il me semble essentiel d'en aborder le contenu, en sachant que la formation des enfants se fait en plusieurs étapes:

Etape 1: une fois par semaine tous les enfants du cycle 3, sont concernés par la formation initiale, qui vise à susciter « des vocations », avant de se porter volontaire pour la formation de médiateur à proprement dite. Les cycles 2 abordent aussi une partie du contenu et y adhèrent bien, étant donné, que le support est sous forme de jeu, associé à des temps de réflexions avec leur enseignants.

Les objectifs de cette étape très importante sont:
De comprendre de quoi on a besoin pour être bien soi même, avec les autres et à l'école.
La différence entre soi et les autres: unicité, qualités, valeurs, ainsi que les variations de point de vue sur ces valeurs.
Apprendre à écouter et à communiquer.
Travailler sur les émotions: qu'est ce que c'est, nos réactions en certaines circonstances, je les reconnais pour mieux les maitriser
Le conflit : les besoins qui s'expriment, le recherche de solutions.
Notre thème de l'année: « le pouvoir personnel » ( caïdage-tyrannie de certains enfants vis à vis des autres) et les questions abordées sont : qu'est ce qu'un ami, qu'est ce qu'un ennemi et comment vivre avec .


Etape 2: aprés une demande écrite des enfants volontaires et la validation par les enseignants de la candidature, c'est la formation pour devenir médiateur ( 2 à 3 mois, une fois par semaine). L'enfant se verra remettre un diplôme. Les médiateurs expérimentés sont présents et donnent leur avis également sur la validation du diplôme. Une fois médiateur, il sont accompagnés par un adulte référent à la réflexion.

Présenter ce projet ne vous apprend pas grand chose sur son impact au sein de l 'école. La violence est présente, bien entendu, il ne s'agit pas de miracle. Ce qui a changé, c'est la capacité des enfants à se poser des questions, à avoir une réflexion sur les actes posés et les émotions qui sont à l'origine du conflit. C'est aussi la relation de confiance entre eux et l'adulte. Ce sont des enfants qui deviennent acteurs de leurs propre solution au conflit, des enfants qui se posent des vraies questions sur la vie, les autres et le monde. Après, nous ne savons pas ce qu'ils en garderont au collège, qui est un « autre monde », dans lequel il faut apprendre à survivre et à se défendre autrement qu'à l'école primaire. Cela dit, cette expérience les aura déjà aidé à mieux se concentrer sur leurs apprentissages en primaire et c'est déjà pas mal. Pour le reste, nous espérons leur avoir apporté des éléments de valeurs et de réflexions, qui pourrons leur être utiles et les renforcer dans leur évolution future. Mais là, ça reste du domaine de l'inconnu !

En ce qui nous concerne, adultes, c' est notre façon d'aborder et de vivre cette violence qui a changé. Nous sommes plus réfléchis, plus détendus et donc plus à l'écoute des enfants. Nous ne sanctionnons presque plus (c'est inutile dans bien des cas). Lorsque nous le faisons, elle est réparatrice et l'enfant comprend mieux pourquoi il est sanctionné et ce que ça lui apporte.

Nous ne sommes pas seuls à être formés et à mettre en œuvre ce type de projet ( en France et sur notre quartier). Nous sommes les pilotes de cette action, sur Dijon et d'autres nous ont rejoint. Pas seulement les écoles et le collège Rameau, mais aussi les Centres de loisirs extra et périscolaire, sans parler des institutions d'éducation spécialisée et certains lycées ( j'en oublie, je m'en excuse). Cependant, notre projet est le plus abouti, de par l'expérience et nos innovations, parce que l'équipe est stable sur l'école et parce que nous y accordons un temps personnel important, faute d'un appui et d'une reconnaissance impliquée de nos hiérarchies respectives. Celles-ci valident cette action, nous montrent en exemple, mais méconnait son impact réel, ses aspects positifs et négatifs. Cette expérience et toutes les autres ( elles sont sûrement nombreuses), méritent d'être connues. Espérons que ce témoignage suscitera un peu plus d'attention et d'envie de s'intéresser aux idées des enseignants et professionnels de terrain.

Cependant, j'apporterais un bémol quant à l'utilisation de ce genre d'outil. Comme me le disait très justement une amie enseignante, attention à l'utilisation du concept et de l'outil « médiation » et à sa généralisation irréfléchie. Dans mon école, nous avons fait ce choix, parce qu'il nous a semblé être le meilleur et qu'il s'inscrivait dans le projet d'école et d'animation périscolaire. Cet outil ne règle pas tout et ne se dispense pas d'une bonne cohésion d'équipe, dans tous les domaines et notamment autour du cadre et de l'autorité. Il ne faut pas croire que les enfants règlent seuls tous leurs problèmes, ou que la médiation marche à tous les coups. C'est une action complémentaire, à tout le travail fourni par ailleurs et par tous, familles comprises.Il est dangereux, de généraliser ce type d'action, sans réflexion préalable. Le risque étant que l'outil remplace les moyens, qu'il soit mal utilisé, sans dynamique d'équipe, institutionnel, de territoire.
Par mon témoignage, je souhaitais signifier, que nous ne baissons pas les bras et que les idées existent partout et qu'elle sont peu valorisées. Mais elles ne servent pas à dispenser les politiques au pouvoir de faire leur travail et d'assurer le bon fonctionnement du système éducatif, par des moyens nécessaires et indispensables.




Pour conclure, je reviens à l'intervention de Julien Dray, qui souligne à juste titre, les coupes budgétaires et le manque de cohésion dans le placement des enseignants. La stabilité d'une équipe éducative est indispensable pour mener des projets de lutte contre la violence. Il faut former les enseignants et les soutenir en permettant un suivi tel que l'analyse de la pratique, autour des problèmes de comportements et pas exclusivement sur le mode d'enseignement. Une véritable aide, qui donne des billes immédiates et concrètes, face à certaines situations.

Il est évidant qu'il faut former et soutenir les enseignants, dans ce domaine et ça ne doit pas être optionnel !! Julien Dray a des mots forts sur ce manque, qui met en grande détresse certains enseignants, notamment ceux qui, en début de carrière, se retrouve en ZEP et n'y sont pas préparés. Je le cite « c'est un crime contre les enseignants de ne pas les former ».
Il finit en rappelant qu'il faut redonner la conscience collective que l'école est une chance pour tous, mais qu'elle ne peut se passer de qualité, d'enseignants, de personnel et de stabilité dans les équipes. Ce n'est pas en mettant des cameras partout, et en enlevant du personnel et des enseignants, que l'on peut résoudre ce problème.

Comme l'a dit Yves Durant à l'Assemblée Nationale «  on ne peut pas remplacer le personnel encadrant et enseignant par des cameras de surveillances. C'est comme si on parquait les élèves dans un champs clos »...à méditer !!

Il faut donc faire passer l'idée de la formation et sa nécessité, afin de mettre la lutte contre la violence au cœur de l'école, parce qu'il faut réapprendre à aimer une jeunesse dont nous avons peur ( je confirme c'est possible). Il faut soutenir les initiatives des enseignants et les aider concrètement, face aux problèmes qu'ils rencontrent.

Pour réussir la lutte contre la violence à l'école, il faut du vivre ensemble, de la formation et de la stabilité, de la cohérence et des moyens financiers et humains, mais pas seulement. On ne peut pas se dispenser d'une vraie politique de l'urbanisme et d'une vraie politique sociale, dans les campagnes et les quartiers les plus exposés à la précarité, si on veut réussir l'éducation de nos enfants.
De fait, les outils que nous utilisons pour améliorer les conditions de vie des élèves, ne sont que des « pansements », face à un problème qui nous dépasse. Il faudra un jour arrêter de compter exclusivement sur les « éducateurs » de tous métiers confondus, pour canaliser ce mal-être et cette violence. Canaliser n'est pas une solution. C'est un contenant et comme tout « vase » en verre, il peut exploser à tout moment !

12/02/10

Nationalité : où est la cohérence de la majorité ? Par François Rebsamen

Hier Jean-François Copé annonce la création d'un groupe de travail pour étudier le problème du renouvellement des papiers d'identité.

Aujourd'hui Brice Hortefeux promet la modification du décret encadrant le renouvellement des papiers d'identité.

En janvier dernier j'avais demandé au Ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux de modifier le décret de 2005 encadrant le renouvellement des papiers d'identité qui avait engendré des situations inacceptables et fortement préjudiciables pour beaucoup de citoyens français contraints d'apporter la preuve de leur nationalité. Plus de 7000 personnes ont à ce titre signé la pétition http://www.rendeznousnotrenationalite.fr que j'avais lancée pour obtenir un décret inversant la charge de la preuve

Le Ministre de l'Intérieur a aujourd'hui assuré à l'Assemblée nationale que la présentation d'une carte nationale d'identité (CNI) plastifiée ou un passeport électronique suffiront désormais à prouver sa nationalité française pour renouveler ses papiers, reconnaissant qu'il existait "encore, ici ou là, quelques tracasseries parfaitement inacceptables".
La mobilisation de nombreux élus et citoyens sur ce sujet fondamental aura donc porté ses fruits.
Je souhaite néanmoins rappeler au Ministre qu'il ne s'agit pas de quelques tracasseries administratives mais de milliers de situations iniques et scandaleuses.

Je m'interroge cependant sur la cohérence de l'action de la majorité gouvernementale sur ce sujet. En effet, mardi 9 février, Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, a annoncé la création d'un groupe de travail « en liaison avec le ministre de l'Intérieur » sur ce même sujet...
Ce groupe de travail semble mort-né.

Pour conforter ce prochain acquis, je serai vigilant lors du prochain examen de la proposition de loi Warsmann de simplification du droit à ce que les mentions relatives à l'identité et à la nationalité inscrites sur les documents d'identité fassent foi jusqu'à preuve du contraire par l'administration.

François Rebsamen,
Sénateur-maire de Dijon

07/02/10

Enterrement de première classe pour la Vème République à la Bellevilloise par Romain Pigenel

Samedi, on a discrètement commencé à enterrer la République du coup d'État permanent à la Bellevilloise. Les auteurs du crime ? Les animateurs du Rassemblement social, écologique et démocrate, qui continuent de travailler à tisser des convergences à gauche et « chez les progressistes », comme on dit pudiquement pour qualifier les centristes du MoDem. Après un premier chapitre mouvementé consacré à l'école, qui a accouché de premières (pro)positions communes, il s'agissait ce week-end de s'attaquer à la question de la « nouvelle République », via un événement à voilure réduite, régionales obligent.
Du coup, moins de tables rondes, plus courtes donc plus denses. J'ai pour ma part assisté à celle consacrée à « L'équilibre institutionnel ou les fondements de la République », abordant les problématiques constitutionnelles et d'organisation de la justice.

Les analyses et les propositions, remarquablement convergentes, pointaient toutes vers un même constat : l’Etat et l’équilibre des pouvoirs issus de la constitution de la Vème République est obsolète vis-à-vis de la situation présente, et ses vices sont poussés à l’extrême par la pratique sarkozyenne du pouvoir et des institutions.

Précaution/précision initiale reprise par plusieurs orateurs, Jean-Pierre Mignard en tête : ces questions de démocratie et de justice ne sont pas des gadgets ou des sujets secondaires au regard de la question sociale, c’est au contraire en y répondant correctement que l’on peut se donner les moyens d’apporter des solutions efficaces à la crise économique et sociale, surtout si ces solutions exigent de demander encore plus d’efforts aux Français.

Thomas Clay explique ainsi que la baisse du cumul des mandats permettra de renouveler le débat d’idées dans notre pays. De même l’institution judiciaire, insistent les juristes présents et le député vert François de Rugy, intéresse réellement les gens, contrairement à une idée reçue ; il y a notamment une inquiétude grandissante dans la population face aux manifestations de ce qui semble bien être une justice à deux vitesses, portant donc atteinte à l’idée même de justice. L’attitude du président de la République – souligne Dominique Barella – qui se permet d’annoncer par avance des résultats de procès ou de commenter démagogiquement telle ou telle libération conditionnelle, n’arrange rien à l’affaire, et accrédite l’idée que sans son appui ou celui de ses « sbires » (sic), on ne peut sortir gagnant de l’institution judiciaire.

C’est le même Dominique Barella qui fait une série de propositions très fortes sur la réforme de la justice. Partant du constat de la crise de confiance qu’elle traverse suite notamment à Outreau, il propose de mettre en place dans les tribunaux des conseils de citoyens, chargés de vérifier la qualité de la justice rendue (durée des procédures, etc.), de faire entrer les mêmes citoyens au tribunal correctionnel (ils siègent bien aux assises ou aux prud’hommes), ou encore de conditionner la désignation des procureurs généraux à un « grand oral » passé devant les commissions des lois du Parlement.

L’essentiel étant, comme le rappelle Franck Natali, de sortir de la logique quasi-napoléonienne qui est celle de la France, pays où l’on nomme les procureurs en Conseil des Ministres – comme les préfets ! – et où l’on fait disparaître le principe même de l’enquête indépendante en supprimant les juges d’instruction sans indépendance préalable du parquet. Paul Huber (juge d'instruction), quant à lui, suggère de hausser la justice au rang de l’exécutif et du judiciaire en lui conférant le statut de « pouvoir » dans notre constitution, et en la dotant d’un budget propre autonome.
La réforme de l’Etat – constitution, institutions, pratique de ces dernières – prend également une large part dans le débat.

Monique Saliou dresse un portrait acide de … l’état de celui-ci : inflation de lois de circonstances, foisonnantes, contradictoires et sans décrets d’applications (ceux de la réforme hospitalière ne sont toujours pas passés, indique Emmanuelle Saulnier-Cassia) ; haute-fonction publique « domestiquée » et réalisant un spoil-system de fait, mais sans les garanties de contrôle parlementaire données par la constitution américaine par exemple ; réformite obsessionnelle qui pourchasse les « doublons » de compétence dans la fonction publique, au risque d’appauvrir et de borner l’expertise de l’Etat ; évaluation des politiques publiques insuffisante, avec un bon outil, la Cour des Comptes, que les parlementaires ne peuvent pas assez facilement saisir. C’est que l’on vit encore dans le culte gaullien de l’Etat fort, centralisé et omnipotent, explique Jean-Pierre Mignard, et de l’exécutif qui fait plier les autres pouvoirs devant lui.

Les idées fusent justement pour rétablir un équilibre convenable entre les pouvoirs. Retirer au président le pouvoir de dissolution de l’Assemblée, pour François De Rugy ; pour Thomas Clay, transformer le poste de Président de la République en autorité morale de référence, président des autorités administratives indépendantes, mais sans contrôle sur l’exécutif, laissé au premier ministre.

Si de telles mesures permettent de mettre fin au « piétinement » du Parlement, dont la légitimité est concurrencée par celle de l’Elysée, alors il faut également que l’Assemblée soit plus représentative des Français – ce qui implique de défendre clairement le scrutin proportionnel. Scrutin proportionnel, insistent François de Rugy et François Rebsamen, que l’on peut dès à présent organiser au sein de la gauche, pour que toutes ses tendances soient représentées. Ceci pour mettre fin à la « démocratie violente » qui fait qu’à 50% des suffrages, on contrôle tout.

Par-delà le contenu du débat, on ne peut qu’être frappé par la facilité qu’ont désormais tous ces acteurs, issus de forces politiques et syndicales différentes, à parler d’eux tous en disant « nous » ou en évoquant « notre camp ». Il faut croire que le pari fait par les organisateurs du Rassemblement « d’insuffler de l’esprit de coalition », pour reprendre les mots de François de Rugy, commence déjà à prendre, alors que les régionales offrent plutôt le spectacle attristant d’un camp progressiste morcelé par les intérêts boutiquiers.

Un regret en revanche, la difficulté qu’avaient les intervenants à concevoir que l’on puisse purement et simplement revenir sur l’élection du Président au scrutin universel direct. C’est sur ce type de proposition forte, porteuse d’une nouveauté radicale, que pourra se construire une alternative capable de donner à nouveau l’envie (d’avoir envie ?) au peuple de gauche … et au-delà. C’est que notre combat n’est pas autre que celui, millénaire, de la conception démocratique contre la conception oligarchique de la cité, ou « d’Athènes contre Sparte », comme le résumait un Jean-Pierre Mignard très en verve.

03/02/10

Vincent Peillon dans Libération : "Il faut supprimer les grandes écoles"

Vincent Peillon. prône la suppression des grandes écoles et plaide pour un «métissage» de l’enseignement supérieur.

Le système universités-grandes écoles vous paraît-il dépassé ?

Oui. Il a eu une vertu à une époque mais il faut le revoir. D’un côté, on a une multitude d’écoles où l’on investit beaucoup d’argent, et où s’orientent les meilleurs élèves et les mieux informés. D’un autre côté, on a une université qu’on a laissé s’appauvrir. C’est une injustice en termes de dépenses, de reproduction sociale, et en plus, c’est inefficace. Les formations dispensées par ces grandes écoles n’ont pas conduit à de grandes réussites industrielles et économiques. On a par exemple raté le grand tournant technologique de ces dernières années (Internet, les énergies renouvelables). En plus, une trahison des élites s’est produite, marquée par l’endogamie du public, du privé et du politique. En effet avec des écoles comme l’ENA, il y avait l’idée de recruter une élite qui allait se mettre au service du pays. Dans l’esprit de l’opinion, ces écoles formaient des serviteurs de l’Etat. Mais il y a eu trahison depuis trente ans, et cela touche la droite comme la gauche. Après quelques années passées dans des cabinets ministériels, beaucoup sont allés faire des fortunes rapides dans le privé. Il y a eu un dévoiement.

Faut-il supprimer les grandes écoles ?

Oui, il faut intégrer cette excellence dans les universités. Cela permettra de renforcer nos capacités d’innovation et de recherche trop négligées par ces grandes écoles et qui pèsent sur des universités appauvries. Si on veut revaloriser les doctorats et les masters de l’université, il faut intégrer le potentiel enseignant, étudiant, ainsi que les moyens financiers de ces écoles. Mais c’est un sujet très lourd dont il faut discuter avec l’ensemble des partenaires.

Approuvez-vous l’objectif de 30 % de boursiers dans les grandes écoles ?

C’est de la charité à la place de la justice. Cela permet à quelques-uns, tant mieux, qui n’y avaient pas droit jusqu’ici d’avoir accès au système gagnant. Mais cela prolonge et aggrave la dualité du système. Il faudrait assurer la justice et, pour cela, entièrement réformer le système. D’après moi, cette refondation doit être au cœur du projet de la gauche pour 2012. Il faut parvenir à un nouveau contrat entre l’école, l’université et la Nation. Dans l’esprit de certains parents, l’université est aujourd’hui perçue presque comme une filière de relégation. C’est inacceptable. Comme pour les quartiers, il faut réinventer le métissage. Au lieu que la naissance, le capital culturel et financier soient aujourd’hui les principaux critères de la «réussite», il faut créer les conditions d’une égalité réelle des chances.

Recueilli par Véronique Soulé

Retrouvez le site de campagne de François Patriat et son équipe


01/02/10

Conférence des déficits publics : le nouvel alibi de Nicolas Sarkozy pour condamner les collectivités. Par François Rebsamen

Pour la première fois de l’histoire de la République moderne et malgré une croissance positive prévue de plus de 1% en 2010, le déficit de l'Etat atteindra 150 milliards d'euros cette année, un sinistre record jamais atteint depuis 60 ans.

La dette de l'Etat explosera à plus 80 % du PIB. Pour quels résultats ? Prés de 3 millions de chômeurs et plus de 8 millions de français vivant en dessous du seuil de pauvreté !

Que fait Nicolas Sarkozy ? Il organise à l'Elysée une conférence sur les déficits publics. Encore une opération de communication, une tentative de trouver un alibi et des boucs émissaires en y convoquant les partenaires sociaux et les collectivités territoriales.

Non content de déstabiliser celles-ci par une réforme inappropriée, de les priver de ressources par la suppression de la taxe professionnelle, Nicolas Sarkozy voudrait à présent leur faire porter la responsabilité des déficits publics.

Eric Woerth n’hésitait pas cette semaine à demander aux collectivités locales de supprimer des postes de fonctionnaires dans les services publics locaux, tentant de masquer l’incurie de la gestion injuste et laxiste envers les plus aisés du gouvernement.

Il n’y a pas d’un côté un Etat fourmi et de l’autre des collectivités cigales ! Au contraire. Stigmatisation et manipulation, voilà la gouvernance de Nicolas Sarkozy.

Ce que doit faire Nicolas Sarkozy c'est abandonner son dogmatisme coupable et renoncer au bouclier fiscal pour assurer la nécessaire justice entre les contribuables.

Cette faute originelle, est encore plus grave en période de crise. Elle prive l'Etat des ressources qui lui manquent cruellement, handicapant encore un peu plus l’avenir de notre pays.

Les français ne sont pas dupes de ces manœuvres et confirmeront leur confiance à leurs élus locaux lors de prochaines élections régionales.

26/01/10

Jean Pierre Mignard - Discours d'Introduction - Les Institutions